Comment le Sénégal a révolutionné la séduction des binationaux ?
En vingt ans, le Sénégal a dompté son instabilité pour devenir un aimant à talents binationaux. D’Aliou Cissé, bâtisseur inflexible, à Pape Thiaw, recruteur itinérant, les Lions ont troqué la rigidité contre la proximité : vestiaire mobilisé, déplacements tous azimuts et un rêve plus grand que l’Afrique. Résultat : six recrues en quelques mois, et un duel face au Brésil le 15 novembre pour prouver que Dakar séduit désormais le monde.
Autrefois, convaincre un binational relevait du défi. Infrastructures déficientes, staffs éphémères, fédération désordonnée : le projet manquait de poids face aux jeunes élevés en Europe. Ces derniers préfèrent filer vers la France ou ailleurs. Patrice Evra le dira plus tard : un pincement au cœur de n’avoir pas enfilé le maillot ancestral.
Aliou Cissé, architecte du renouveau
En mars 2015, Aliou Cissé débarque. Ex-capitaine mythique des Lions, il injecte discipline, ambition, horizon clair. Reconstruction brique par brique : stabilité, exigence, union. Il marie locaux et expatriés conquis par l’élan.
L’année 2017 marque le grand retour des Lions de la Téranga : quarts CAN, ticket Mondial 2018. Puis finale perdue d’un cheveu (0-1 Algérie), avant la première CAN conquise en 2022 au Cameroun. En un éclair, Cissé élève une formation bancale au rang de force continentale crainte. Mais sa technique pour attirer les binationaux n’était pas sans faille. Sa rigidité a fait filer des talents comme Boubacar Kamara, Amadou Onana, Sofiane Diop, remarque Footmercato.
Pape Thiaw, la touche humaine
La Fédération recalibre. La fermeté d’Aliou Cissé, parfois taxée de raideur, laisse place à l’ouverture de Pape Thiaw, réputé accessible et à l’écoute.
« Le Sénégal est désormais prêt sur tous les fronts. Aliou imposait une déclaration publique d’engagement, fruit de refus répétés et d’une préférence pour l’entourage plutôt que le joueur. Pape Thiaw, lui, bouge : Italie pour Assane Diao et Malick Thiaw, Belgique pour Ilay Camara, allers-retours incessants en France. Exemple criant : Sofiane Diop, favori sénégalais, a finalement senti la chaleur de Walid Regragui », analyse Papa Ousmane Kassé, journaliste spécialiste du football sénégalais chez Match360.
Bilan : six recrues en quelques mois pour le nouveau boss. Le Sénégal veut plus que dominer le continent. Il vise l’élite mondiale, inspiré par le Maroc, avec l’ambition de faire mieux au Mondial 2026. Le premier crash-test est le 15 novembre contre le Brésil. Il s’agit du baromètre avant CAN Maroc et Coupe du monde 2026. Les Lions ne séduisent plus seulement les binationaux ; ils veulent marquer l’histoire globale.