Fédération djiboutienne de football : une gouvernance à bout de souffle

La Fédération djiboutienne de football (FDF), présidée de longue date par Souleiman Hassan Waberi, incarne depuis des années les dérives de la gouvernance sportive en Afrique. Les publications récentes de Romain Molina dressent un portrait accablant : la confusion entre intérêt personnel et gestion institutionnelle. À sa tête depuis 2012, Souleiman Hassan Waberi a construit un système de pouvoir quasi inamovible, malgré une accumulation de scandales qui, ailleurs, aurait probablement emporté n’importe quel dirigeant.

Des millions FIFA, un centre technique en ruine

Sur le plan financier, les chiffres interpellent. Entre 2016 et 2022, la FDF a perçu 11,4 millions de dollars du programme FIFA Forward, auxquels s’ajoutent plusieurs millions supplémentaires depuis. Pourtant, le centre technique national se trouve dans un état de délabrement avancé, avec des conditions de sécurité jugées inexistantes pour le personnel comme pour les joueurs. L’académie de Douda, projet vitrine financé par la FIFA, accumule les années de retard, ne correspond plus aux plans initiaux et affiche des coûts disproportionnés.

Blanchiment présumé, mais aucune conséquence

L’épisode le plus marquant reste l’arrestation de Waberi en septembre 2024, aux côtés du président par intérim de la fédération, dans le cadre d’un audit financier mené par l’État djiboutien portant sur des soupçons de détournement de fonds publics et de blanchiment d’argent. Les autorités s’interrogeaient notamment sur l’utilisation de fonds destinés aux déplacements de l’équipe nationale et sur un financement non déclaré de nouvelles infrastructures, en lien avec un stade offert par la Fédération marocaine de football.

Ce qui frappe, c’est la suite. Plutôt que d’être écarté, Waberi a été réélu sans opposant quelques mois plus tard, dans un scrutin marqué par des irrégularités qui avaient entraîné une suspension du processus électoral par le ministère des Sports, finalement non respectée par la fédération avec le soutien de la FIFA. Il a ensuite entamé ce que ses détracteurs ont qualifié de « chasse aux sorcières » interne, licenciant secrétaire général et comptable. Dans le même temps, sa carrière internationale a continué de prospérer. Il devient troisième vice-présidence de la CAF, puis siège au Conseil de la FIFA.

Une sélection qui s’enfonce, saison après saison

L’équipe nationale, retombée à la 196e place mondiale, a perdu tous ses matchs disputés en 2025. Le sélectionneur français Stéphane Nado, recruté avec des références solides acquises en Mauritanie et au Maroc, n’a tenu que six mois sur un contrat d’un an, avec un bilan de cinq défaites pour deux buts marqués et quatorze encaissés. Il a été remplacé par un Mohamed Meraneh Hassan. Djibouti avait pourtant connu un vrai sursaut entre 2019 et 2021 sous Julien Mette, avec une qualification méritée au tour principal des éliminatoires du Mondial 2022. Mais la désorganisation, les ingérences et l’absentéisme croissant du président ont tari cette dynamique. Pour compenser des limites athlétiques structurelles, la fédération a multiplié les naturalisations de joueurs étrangers évoluant dans le championnat local ; rustine qui masque l’absence de formation durable.

Ce que ce dossier dit du football continental

Ce dossier illustre un problème structurel bien identifié dans le travail de Molina sur plusieurs fédérations africaines : la capture d’institutions sportives faibles par des réseaux personnels, protégés par l’inertie voire la complaisance des instances continentales et mondiales. La FIFA et la CAF disposent des statuts et des mécanismes pour sanctionner une gouvernance aussi défaillante ; elles choisissent le plus souvent de ne pas les activer tant que la stabilité politique locale n’est pas menacée. Le cas Waberi, qui cumule enquête judiciaire, réélection contestée et promotion internationale simultanée, en est une démonstration presque caricaturale.

Le vrai perdant reste le football djiboutien lui-même : des joueurs formés localement sans perspective, une sélection sans continuité technique, des infrastructures indignes. Sans pression extérieure crédible, rien n’indique que cette trajectoire s’inversera à court terme.

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