De l’espoir au doute : les 20 faits majeurs qui ont fragilisé la crédibilité de la CAF sous Patrice Motsepe
Élu en mars 2021 à la présidence de la Confédération Africaine de Football (CAF), Patrice Motsepe arrivait avec une promesse forte : tourner définitivement la page des crises institutionnelles, restaurer la crédibilité de l’organisation et faire entrer le football africain dans une nouvelle ère. Soutenu par la FIFA, salué pour son profil d’homme d’affaires et présenté comme le président du renouveau, le milliardaire sud-africain incarnait alors un immense espoir.
Cinq ans plus tard, le bilan apparaît beaucoup plus contrasté. La CAF revendique de réels progrès financiers et commerciaux, un bilan qui a largement justifié la reconduction de Motsepe pour un second mandat en mars 2025. Mais, dans le même temps, plusieurs décisions, réformes et controverses ont progressivement nourri le doute, divisé le football africain et mis en lumière des faiblesses structurelles de gouvernance.
Ce dossier rassemble vingt faits majeurs, décisions ou événements marquants qui ont contribué à fragiliser la crédibilité de la CAF depuis 2021.
I. LA CRISE CAN 2025 ET SES SUITES
1- Le retrait du titre de champion au Sénégal : une décision sans précédent
Le 18 janvier 2026 à Rabat, le Sénégal remporte la finale de la CAN 2025 face au Maroc (1-0 après prolongation), au terme d’un match marqué par un but refusé aux Sénégalais puis un penalty accordé au Maroc en fin de rencontre, provoquant une sortie temporaire des joueurs sénégalais du terrain. Deux mois plus tard, le 17 mars 2026, le jury d’appel de la CAF renverse ce résultat en application des articles 82 et 84 du règlement de la CAN : le Sénégal est déclaré forfait et la victoire attribuée au Maroc sur le score de 3-0. Jamais une finale de CAN n’avait connu une telle issue.
Sources : cafonline.com : Communiqué officiel du Jury d’appel de la CAF, 17 mars 2026 ;
BBC SPORT, « Senegal parade Afcon trophy despite title controversy » ;
SKY SPORTS, « Morocco crowned AFCON champions after CAF strips Senegal of title », 18 mars 2026 ;
ESPN, « Senegal to appeal CAF’s decision to hand AFCON title to Morocco », 18 mars 2026.
2- Une gestion de crise qui a amplifié la polémique
Face à la contestation, Motsepe est intervenu dans une déclaration vidéo officielle pour réagir à la décision du jury d’appel, tout en défendant l’indépendance de cet organe juridictionnel, puis a convoqué le Comité exécutif pour réviser le Code disciplinaire de la CAF. Une prise de parole qui, loin d’éteindre la polémique, a été lue par certains observateurs comme un aveu implicite de dysfonctionnements dans la gestion du dossier.
Sources : CAFONLINE.COM « VIDÉO : Déclaration du Président de la CAF, Dr Patrice Motsepe » ;
CAFONLINE.COM « Réunion des organes juridictionnels de la CAF au Caire » ;
3- Un juré à la partialité contestée au sein du jury d’appel
La composition du jury d’appel ayant statué sur l’affaire de la finale CAN 2025 a été directement mise en cause par la Fédération sénégalaise, qui a dénoncé la présence de Moez Nasri, président de la Fédération tunisienne de football, en raison de ses liens avec Fouzi Lekjaa, président de la fédération marocaine ; un choix qualifié de « conflit évident entre son rôle de juge et celui de partie prenante dans la compétition ». Selon plusieurs sources, le président de la CAF, Patrice Motsepe, aurait lui-même exprimé son étonnement face à cette nomination en interne, une réaction interprétée par plusieurs observateurs comme un aveu implicite de manque de contrôle sur la composition de ses propres instances disciplinaires.
Sources :
GOAL « Des détails incroyables… Des documents révèlent ce qui s’est passé dans les coulisses de la finale entre le Maroc et le Sénégal », 7 avril 2026
TRIBUNA « Le pari du milliardaire : comment l’homme derrière le scandale de la CAN prépare son ascension à la tête de la FIFA », 11 avril 2026
4- Un même arbitre pour l’ouverture et la finale, puis une enquête du Monde sur des soupçons de pressions
Jean-Jacques Ndala Ngambo a dirigé le match d’ouverture Maroc-Comores puis la finale Sénégal-Maroc, une double désignation confirmée par la CAF et qui a suscité des interrogations. Un mois plus tard, WinWin, repris notamment par RMC Sport, a rapporté que des consignes auraient été données au corps arbitral afin de ne pas sanctionner immédiatement les joueurs sénégalais ayant quitté le terrain lors de l’interruption de la finale. Ces informations, attribuées à Olivier Safari, président de la Commission des arbitres de la CAF, n’ont pas été confirmées officiellement par l’instance et ont été démenties par Idriss Yacine Diallo, président de la Fédération ivoirienne de football et membre du Comité exécutif de la CAF. Le 5 avril 2026, Le Monde, après avoir consulté les cinq rapports officiels de la rencontre, a relevé des divergences entre les versions des officiels présents ce soir-là, ajoutant aux interrogations sur l’arbitrage et la gestion de cette finale.
Sources :
LE MONDE , Mustapha Kessous, « Qui a gagné la CAN 2025 ? “Le Monde” dévoile les coulisses de l’interminable finale Maroc-Sénégal », 5 avril 2026
CAFONLINE.COM « Jean-Jacques Ndala, arbitre de la finale de la TotalEnergies CAF CAN 2025 »
5- La finale Sénégal-Maroc portée devant le TAS et la demande d’une enquête indépendante
La contestation de la finale Sénégal-Maroc a dépassé le terrain sportif. Le 18 mars 2026, le gouvernement sénégalais réclamait une « enquête internationale indépendante » sur la gouvernance de la CAF. Le lendemain, la Fédération sénégalaise de football annonçait à son tour son intention de saisir le Tribunal arbitral du sport. Le TAS a confirmé le 25 mars l’enregistrement de l’appel. La procédure, toujours en cours, illustre l’ampleur prise par la contestation autour de la gestion de la finale et constitue un sérieux revers d’image pour la CAF.
Sources :
AL JAZEERA « Senegal govt alleges corruption in decision to hand AFCON title to Morocco », 18 mars 2026
FRANCE 24 « CAN attribuée au Maroc : la fédération sénégalaise saisit le TAS contre une “injustice” », 19 mars 2026
TAS/CAS « Communiqué officiel du 25 mars 2026 sur son site tas-cas.org »
II. UNE GOUVERNANCE INTERNE SOUS TENSION
6- Véron Mosengo-Omba : un secrétaire général au cœur des controverses
Depuis 2024, Véron Mosengo-Omba est au centre de plusieurs controverses. Jeune Afrique et Le Monde ont notamment documenté des accusations de conflits d’intérêts, d’ingérence et de favoritisme. Son maintien en fonction a également suscité des interrogations après qu’il a dépassé l’âge réglementaire de départ à la retraite, fixé à 63 ans, avec une possibilité de prolongation de trois ans.
Né en octobre 1959, Mosengo-Omba avait atteint 66 ans en octobre 2025. Sa prolongation, accordée par Patrice Motsepe, avait alors expiré. Son maintien en fonction a été publiquement contesté en février 2026, sans clarification précise de la CAF sur les conditions de son maintien.
Mosengo-Omba a finalement quitté ses fonctions le 30 mars 2026, la CAF présentant officiellement son départ comme une décision personnelle.
À noter toutefois : les accusations le visant doivent être nuancées, certaines procédures ayant été classées faute de preuves suffisantes.
Sources :
LE MONDE « Véron Mosengo-Omba, tout-puissant et très contesté secrétaire général de la CAF », 5 février 2025
THE GUARDIAN « Question de l’âge et contestation de son maintien »
CAFONLINE.COM « Départ de Véron Mosengo-Omba », 30 mars 2026
ESPN « départ de Mosengo-Omba », 29 Mars 2026
7- Gouvernance financière : des audits sous tension et des questions sur la transparence
La gouvernance financière et les mécanismes de contrôle de la CAF ont également été au cœur des controverses. En août 2024, la Confédération a annoncé l’ouverture d’une enquête externe sur de possibles violations de ses règles de gouvernance et d’audit, après un rapport de Hannan Nur, alors responsable du département Governance, Risk and Compliance (GRC).
Le comité d’audit et de conformité a ensuite dénoncé une « ingérence non autorisée » dans le processus d’enquête et de désignation de l’auditeur externe. The Guardian a également rapporté des obstacles au travail de Hannan Nur et des tensions autour des mécanismes de contrôle de la Confédération.
Hannan Nur a par la suite été licenciée. Selon The Guardian, elle a engagé une procédure contre la CAF pour licenciement abusif, après avoir notamment dénoncé des entraves au travail de son département et des interventions dans le processus d’audit.
Plus préoccupant encore, un examen des comptes de la CAF aurait fait apparaître plus de 16 millions de dollars de dépenses non comptabilisées dans les comptes publiés, portant les pertes réelles de l’exercice 2022-2023 à plus de 25 millions de dollars, selon The Guardian.
Ces épisodes ont alimenté les interrogations sur l’indépendance des organes de contrôle, la transparence financière et la gouvernance interne de la CAF.
Sources :
THE GUARDIAN « African football executive accused of ‘whitewashing’ report into his conduct », 24 septembre 2024
« African football’s governing body found to have $16m in expenses missing from accounts », 18 octobre 2024
« Accusations de culture de la peur et licenciement de Hannan Nur », 14 octobre 2025
« Procédure engagée par Hannan Nur et nouvelles accusations de gouvernance », 19 mai 2026
REUTERS « Investigation launched into possible breach of CAF regulations », 1er août 2024
CAFONLINE.COM « La CAF demande à sa Commission d’Audit et de Gouvernance l’ouverture d’une enquête », 1er août 2024
« Abandon de la procédure suisse contre Mosengo-Omba », 23 janvier 2025
8- Samuel Eto’o : deux procédures disciplinaires de la CAF, toutes deux annulées en appel
Le cas Samuel Eto’o illustre également les tensions entre la CAF et l’un de ses dirigeants les plus en vue. En juillet 2024, alors président de la FECAFOOT mais pas encore membre du Comité exécutif de la CAF, Eto’o a été reconnu non coupable des accusations de manipulation de matches, faute de preuves suffisantes. Le Jury disciplinaire l’a toutefois condamné à 200 000 dollars d’amende pour avoir, selon la CAF, gravement violé ses principes d’éthique, d’intégrité et d’esprit sportif en signant un contrat d’ambassadeur avec une société de paris sportifs.
Ses avocats avaient immédiatement contesté la décision, estimant notamment que la CAF ne disposait ni d’un code d’éthique ni d’une commission d’éthique compétente pour statuer sur les faits reprochés. En février 2025, la BBC a rapporté que le Jury d’appel de la CAF avait finalement annulé cette sanction, donnant raison sur ce point à la défense d’Eto’o.
En janvier 2026, devenu entre-temps membre du Comité exécutif de la CAF, Eto’o a de nouveau été sanctionné par la Confédération après le quart de finale Maroc–Cameroun de la CAN 2025 : quatre matches d’interdiction d’accès aux stades et 20 000 dollars d’amende. La FECAFOOT avait contesté une procédure jugée précipitée et annoncé son intention de faire appel.
Mais, là encore, la procédure a connu un retournement : le Jury d’appel de la CAF a annulé cette seconde sanction le 5 août 2026.
Au-delà du cas personnel de Samuel Eto’o, cette succession de procédures, de sanctions puis d’annulations en appel soulève des interrogations sur la solidité juridique, la cohérence et la crédibilité des procédures disciplinaires de la CAF, ainsi que sur les relations entre l’instance continentale et ses fédérations membres.
Sources :
CAFONLINE.COM « Décision disciplinaire », 4 juillet 2024
« Communiqué de presse du Jury disciplinaire de la CAF », 15 janvier 2026
L’ÉQUIPE « La CAF inflige une amende de 200 000 dollars à Samuel Eto’o pour avoir violé les principes d’intégrité sportive et d’éthique », 5 juillet 2024
BBC SPORT « Eto’o fined $200,000 but escapes match-fixing charge », 5 juillet 2024
REUTERS CAF « Bans Eto’o for four matches over AFCON conduct », 15 janvier 2026
LE MONDE « La FIFA suspend Samuel Eto’o pour six mois », 1er octobre 2024
9- La circulaire tardive sur les barrages du Mondial 2026 : une communication qui a semé le doute
En octobre 2025, à l’approche des dernières journées des éliminatoires africaines de la Coupe du monde 2026, les modalités de désignation des équipes appelées à disputer les barrages ont suscité une vive polémique. Une circulaire de la CAF, datée de mars 2025 et signée par Samson Adamu, directeur des Tournois et Événements, en raison du forfait de l’Érythrée dans le groupe E, précisait notamment les modalités de prise en compte des résultats dans le classement des meilleurs deuxièmes.
Le problème n’était pas nécessairement l’existence de cette règle, mais son niveau de communication et sa visibilité auprès des acteurs du football africain. Alors que la CAF soutenait que ses 54 associations membres avaient été informées en amont, l’existence et le contenu de cette circulaire n’ont été largement relayés et expliqués qu’en octobre, au moment où les sélections jouaient les rencontres décisives pour décrocher une place en barrages.
Cette situation a suscité de nombreuses réactions dans les médias et sur les réseaux sociaux, certains acteurs affirmant ne pas avoir eu connaissance de ces modalités. Elle a surtout alimenté les interrogations sur l*a clarté, la transparence et le timing de la communication réglementaire de la CAF*.
Dans une compétition où une différence de quelques points pouvait déterminer l’accès aux barrages, la question était simple : si la règle était connue depuis plusieurs mois, pourquoi son existence et ses conséquences ont-elles été aussi peu visibles jusqu’au sprint final des éliminatoires ?
Au-delà de la règle elle-même, cette séquence a ainsi illustré une nouvelle fois les difficultés de la CAF à communiquer de manière suffisamment claire et anticipée sur des décisions susceptibles d’avoir des conséquences sportives majeures.
**Sources** : _à compléter — captures et publications des comptes des fédérations concernées, avec dates précises._
III. DES RÉFORMES QUI DIVISENT LE FOOTBALL AFRICAIN
10- La suppression du CHAN après seize ans d’existence
Le 17 janvier 2026, à la veille de la finale de la CAN, Patrice Motsepe a annoncé la suppression du Championnat d’Afrique des Nations (CHAN), compétition créée en 2009 et réservée aux joueurs évoluant dans leurs championnats locaux. Pour justifier cette décision, le président de la CAF a déclaré : « Le CHAN est un spectacle qui nous fait perdre de l’argent. »
Cette décision met fin à une compétition qui constituait, depuis seize ans, l’une des principales vitrines internationales des joueurs évoluant sur le continent. Elle intervient alors que la CAF a engagé une restructuration plus large de ses compétitions de sélections nationales, notamment avec la création annoncée d’une Ligue des Nations africaine.
Au-delà de la question de sa rentabilité, la disparition du CHAN pose donc une question de fond : la recherche de rentabilité peut-elle justifier la disparition d’une compétition conçue spécifiquement pour exposer et développer les talents des championnats africains ?
Sources :
TV5MONDE « Gouffre financier : pourquoi la CAF met fin au CHAN », janvier 2026
11- Le passage de la CAN à un cycle de quatre ans
Le 20 décembre 2025, Patrice Motsepe a confirmé que la Coupe d’Afrique des Nations, disputée tous les deux ans depuis sa création, passerait à une périodicité quadriennale à partir de 2028, après l’édition 2027. La CAF entend ainsi revoir en profondeur le calendrier de ses compétitions et rapprocher le rythme de la CAN de celui de grandes compétitions continentales comme l’Euro ou la Copa América.
Cette réforme constitue une rupture majeure avec l’un des rendez-vous historiques du football africain. Si la CAF met en avant la nécessité de mieux structurer le calendrier et de renforcer la valeur commerciale de ses compétitions, la décision a rapidement suscité des critiques, notamment sur le risque de réduire la visibilité du football africain et d’éloigner la CAN de son rythme traditionnel.
Quelques jours après l’annonce, France 24 relevait que cette réforme divisait le football africain, tandis que plusieurs acteurs appelaient à préserver la spécificité et la fréquence historique de la compétition.
Au-delà du calendrier, cette décision pose donc une question de fond : en cherchant à moderniser et à valoriser commercialement la CAN, la CAF ne risque-t-elle pas de fragiliser l’un des éléments les plus identitaires du football africain ?
Sources :
FRANCE 24 « Coupe d’Afrique : la CAN aura lieu désormais tous les quatre ans à partir de 2028 », 20 décembre 2025
« “Il faut respecter l’Afrique” : la CAN tous les quatre ans divise le football africain », 26 décembre 2025
EUROSPORT — « Grand changement pour le football africain : la CAN bouleverse son calendrier et aura lieu tous les quatre ans à partir de 2028 », 20 décembre 2025
12- L’African Football League : une révolution annoncée, une seule édition disputée
Présentée comme une nouvelle locomotive économique du football de clubs africain, l’African Football League (AFL) a été lancée en 2023 avec le soutien de la FIFA et de son président Gianni Infantino. Huit clubs avaient été retenus pour cette première édition, dont les Mamelodi Sundowns, propriété de la famille de Patrice Motsepe, alors président de la CAF. Remportée par les Sundowns, la compétition devait renforcer les revenus et la compétitivité des clubs africains et bénéficiait notamment du soutien de Visit Saudi, sponsor principal de cette première édition.
Mais depuis cette édition inaugurale, l’AFL n’a jamais été relancée. En décembre 2025, ESPN confirmait que le tournoi n’avait pas été reconduit depuis son édition pilote de 2023 et posait une question particulièrement révélatrice : si cette compétition avait réellement atteint les objectifs financiers fixés pour la CAF, pourquoi semble-t-elle avoir été abandonnée ?
Cette situation interroge d’autant plus que le football africain souffre moins d’un manque de compétitions que d’un écart de moyens entre les clubs : fallait-il créer un nouveau tournoi plutôt que renforcer financièrement les clubs existants pour permettre à davantage d’équipes d’émerger et de rivaliser au plus haut niveau continental ?
Pour Carréfoot, l’objectif ne serait évidemment pas de réclamer artificiellement de nouveaux champions, mais de créer les conditions permettant à davantage de clubs de devenir compétitifs. Car le véritable développement du football africain ne consiste peut-être pas à multiplier les compétitions, mais à élargir le nombre de clubs capables de les gagner.
L’AFL laisse ainsi derrière elle une question embarrassante : comment une compétition présentée comme une révolution économique pour le football africain a-t-elle pu disparaître après une seule édition ?
Sources :
ESPN « FIFA announces new African Football League to start on Oct. 20 », 13 juillet 2023
« AFCON and African Nations League – Everything you need to know about CAF’s changes », 21 décembre 2025
LE MONDE « La Ligue africaine de football, le grand projet porté disparu de Gianni Infantino », 10 novembre 2024
CAFONLINE.COM « The African Football League and Visit Saudi Forge Exciting Partnership », 12 octobre 2023
13- Un report de dernière minute qui interroge la gestion de la CAF
La CAN féminine 2026, initialement prévue du 17 mars au 3 avril au Maroc, a été reportée le 5 mars, soit seulement douze jours avant son coup d’envoi, au 25 juillet-16 août, la CAF invoquant des « circonstances imprévues » sans fournir davantage de précisions publiques.
Cette décision tardive a suscité l’incompréhension des sélections et des joueuses. Kani Konte, défenseure internationale malienne, a notamment dénoncé le manque de considération envers le football féminin : « On n’a vraiment aucune considération pour nous, les féminines. » De son côté, Reynald Pedros, sélectionneur de la Côte d’Ivoire, a déploré l’incertitude entourant la compétition et le manque d’informations de la CAF avant son officialisation.
Au-delà du report lui-même, cet épisode interroge surtout la gestion du calendrier et la communication de la CAF, alors que les sélections avaient déjà engagé leur préparation autour des dates initialement annoncées.
Sources :
FRANCEINFO , « Aucune considération pour nous… », 16 mars 2026
CAFONLINE.COM , « Annonce officielle du report », 5 mars 2026
IV. DES DYSFONCTIONNEMENTS SUR LE TERRAIN
14- Des sélections confrontées à des conditions d’accueil indignes
Le problème n’est pas nouveau. En novembre 2020, la sélection gabonaise avait été bloquée plusieurs heures à l’aéroport de Banjul, en Gambie, avant un match des éliminatoires de la CAN 2021. La délégation avait finalement passé la nuit sur place, certains joueurs dormant à même le sol. Le capitaine Pierre-Emerick Aubameyang avait dénoncé la situation sur les réseaux sociaux.
La CAF avait reconnu les manquements de la Fédération gambienne et lui avait infligé une amende de 100 000 dollars, dont 50 000 avec sursis pendant 24 mois, pour ne pas avoir respecté les règles relatives à l’accueil de la délégation gabonaise. Dans la même affaire, la Fédération gabonaise avait également été condamnée à 10 000 dollars, en raison des publications jugées offensantes d’Aubameyang à l’encontre de la CAF.
Quatre ans plus tard, le scénario s’est répété. En octobre 2024, les Super Eagles du Nigeria sont restés bloqués pendant plus de 16 heures dans un aéroport libyen, après le déroutement de leur vol. Les joueurs ont eux-mêmes documenté leurs conditions sur les réseaux sociaux. Victor Boniface évoquait près de 13 heures sans nourriture ni Wi-Fi ; le gardien Stanley Nwabali publiait une photo de lui endormi dans l’aéroport, tandis que le capitaine William Troost-Ekong dénonçait plus de 12 heures passées dans un aéroport qu’il qualifiait d’« abandonné ».
La CAF avait alors qualifié la situation de « troublante et inacceptable ». Quelques jours plus tard, son Jury disciplinaire a déclaré la Libye perdante par forfait, 3-0, et lui a infligé une amende de 50 000 dollars.
La répétition de tels incidents, malgré un précédent déjà sanctionné, pose une question sur l’efficacité des mécanismes de la CAF : combien de temps encore les sélections africaines devront-elles subir des conditions d’accueil indignes lors de déplacements officiels ?
Sources :
L’ÉQUIPE, « La Fédération gambienne sanctionnée, Aubameyang épinglé », 9 décembre 2020
CAFONLINE.COM, « CAF Views the Disturbing and Unacceptable Experiences of the Nigerian National Football Team… », 14 octobre 2024
REUTERS, « Nigeria awarded 3-0 win over Libya after airport drama », 26 octobre 2024
15- Des équipes contraintes de jouer leurs matchs « à domicile » à l’étranger
Faute de stades répondant aux normes d’homologation de la CAF, plusieurs sélections africaines ont été contraintes de disputer leurs matchs « à domicile » à l’étranger, les privant de leur public, de leur véritable avantage du terrain et d’une partie des recettes associées aux rencontres. En juin 2024, Reuters relevait ainsi que 17 des 43 pays africains engagés dans les éliminatoires de la Coupe du monde ne pouvaient pas utiliser leur propre stade pour accueillir leurs rencontres.
Le phénomène n’est pas nouveau : dans sa propre documentation sur les éliminatoires de la CAN 2025, la CAF recensait déjà plusieurs associations contraintes de jouer leurs matchs dans des stades situés à l’étranger, notamment le Sao Tomé-et-Principe, Djibouti, la Somalie, l’Eswatini et le Tchad.
Pour Carréfoot, la solution ne devrait toutefois pas se limiter à sanctionner ou à déplacer les rencontres. Nous sommes convaincus qu’un délai de 18 à 24 mois devrait être accordé aux pays ne disposant pas d’un stade homologué, avec un accompagnement et un calendrier précis de mise aux normes. À l’issue de ce délai, l’absence persistante d’infrastructures conformes devrait entraîner une suspension de la participation aux compétitions et éliminatoires de la CAF, toutes catégories confondues.
Car nous savons ce que représente le football en Afrique. Les gouvernements et les responsables politiques le savent aussi. Si l’enjeu devient suffisamment concret, avec le risque de voir leurs sélections privées de compétitions continentales, nous pensons que les moyens seraient rapidement mobilisés pour construire, rénover ou remettre aux normes les infrastructures nécessaires.
Source :
REUTERS , « Poor facilities cost African teams home advantage in World Cup qualifiers », 2 juin 2024
16- Un ballon de l’UEFA Champions League utilisé lors d’un match officiel de la CAF
Le 19 mars 2025, lors du match des éliminatoires de la Coupe du monde 2026 entre le Liberia et la Tunisie, une scène insolite a attiré l’attention : un ballon portant le design de la Ligue des champions UEFA 2024-2025 a été utilisé pendant la rencontre. L’image, largement relayée sur les réseaux sociaux, a rapidement suscité les réactions des internautes et des observateurs du football africain.
Plus surprenant encore, des images diffusées par la Fédération libérienne de football montrent également un ballon de l’Euro 2024 utilisé durant la rencontre. Si l’utilisation de ces ballons n’était pas contraire au règlement — ceux-ci pouvant être conformes aux normes FIFA exigées —, l’épisode n’en demeure pas moins révélateur de l’image parfois donnée par les compétitions africaines.
Sources :
FOOT AFRICA « Unusual: When the UEFA Champions League makes a cameo in the 2026 World Cup qualifiers in Africa », 20 mars 2025
MOSAÏQUE FM « Liberia – Tunisie : Un ballon de Ligue des champions s’invite au match » 19 mars 2025
V. SPONSORING, DIFFUSION ET INDÉPENDANCE
17- Des liens politiques qui alimentent les interrogations sur l’indépendance de la CAF
Les liens de Patrice Motsepe avec l’ANC alimentent régulièrement les interrogations sur l’indépendance de la CAF. En 2025, une société dont il est l’unique dirigeant a notamment versé 10 millions de rands à l’ANC, selon la Commission électorale sud-africaine.
Lors du report de la CAN féminine 2026, l’Afrique du Sud s’était pourtant déclarée prête à accueillir la compétition. Cette proposition a-t-elle été écartée uniquement pour des raisons sportives et organisationnelles, ou les considérations politiques ont-elles également joué un rôle ? Nous ne disposons d’aucun élément permettant de l’affirmer, mais la question mérite d’être posée.
Sources :
EWN « Patrice Motsepe donated R10m to ANC, reveals IEC third quarterly report », 28 février 2025
South African Government « South Africa’s position with 2026 TotalEnergies Women’s Africa Cup of Nations », 1er février 2026
18- Des tensions financières avec le diffuseur principal de la CAF
Le partenariat entre la CAF et le groupe togolais New World TV, présenté en 2023 comme un accord historique pour les droits de diffusion des compétitions africaines jusqu’à fin 2025, s’est rapidement transformé en bras de fer financier. Fin 2024, le diffuseur avait manqué plusieurs échéances et restait redevable de 34 millions de dollars à la CAF. Face à ces impayés, l’instance avait exercé des pressions sur son partenaire, faisant notamment peser le risque d’une perte de certains droits de diffusion.
Au-delà du litige financier, cet épisode interroge la solidité du modèle économique et commercial choisi par la CAF pour valoriser ses droits audiovisuels.
Sources :
CAFONLINE.COM , « La CAF conclut un accord historique avec New World TV pour les droits médias de la CAF en Afrique subsaharienne », 3 décembre 2023
JEUNE AFRIQUE , « CAF : entre Patrice Motsepe et New World TV, un bras de fer à plusieurs millions de dollars», 19 novembre 2024
19- Un président directement impliqué dans certains contrats commerciaux
Selon une enquête de Jeune Afrique, Patrice Motsepe aurait personnellement mobilisé son réseau pour faciliter certains contrats commerciaux de la CAF, notamment celui obtenu par New World TV pour la diffusion de la CAN. Cette implication soulève des interrogations sur la séparation entre les responsabilités du président de la CAF et la gestion des intérêts commerciaux de l’institution.
Source :
JEUNE AFRIQUE, « À la tête de la CAF, Motsepe multiplie les contrats… et les risques », 29 novembre 2024
20- Une proximité avec la FIFA qui interroge sur l’indépendance de la CAF
Depuis l’élection de Patrice Motsepe à la présidence de la CAF en 2021, les relations particulièrement étroites entre la Confédération et Gianni Infantino alimentent les interrogations sur l’indépendance de l’institution. Réélu à la tête de la CAF en 2025, Motsepe bénéficie toujours du soutien affiché du président de la FIFA. En avril 2026, les 54 associations membres de la CAF ont officiellement apporté leur soutien unanime à la réélection d’Infantino à la présidence de la FIFA pour 2027-2031. En août 2026, Motsepe a de nouveau qualifié Infantino de dirigeant « loyal » envers l’Afrique.
Cette proximité institutionnelle, qui dépasse les simples relations de coopération entre la CAF et la FIFA, ne pose-t-elle pas la question de l’autonomie réelle de la Confédération africaine ?
Sources :
FIFA, « Gianni Infantino congratulates CAF President Motsepe on re-election », 12 mars 2025
CAF, « CAF Member Associations unanimously support Gianni Infantino to be re-elected as FIFA President », 29 avril 2026
REUTERS, « Infantino finds a friend in Africa as CAF backs FIFA president », 6 août 2026
CONCLUSION
L’histoire retiendra sans doute Patrice Motsepe comme l’un des présidents les plus réformateurs de la Confédération africaine de football. Sous son mandat, la CAF a stabilisé ses finances, engrangé des records d’audience et revalorisé ses compétitions phares, un bilan que peu contestent.
Mais cet article ne se veut pas un réquisitoire contre Patrice Motsepe ou sa gouvernance. Les vingt faits présentés ici ne constituent pas nécessairement vingt reproches : certains sont des décisions, d’autres des incidents, des dysfonctionnements ou des événements qui, pris isolément, ne peuvent être imputés directement au président de la CAF.
Notre démarche est avant tout de soulever des interrogations et de mettre en lumière des situations qui méritent, selon nous, d’être regardées, analysées et, lorsque cela est nécessaire, corrigées. Car au-delà des personnes, c’est l’avenir du football africain et la crédibilité de ses institutions qui sont en jeu.
Pris isolément, chacun de ces faits pourrait passer pour un incident, une maladresse de communication ou une décision discutable. Leur accumulation invite néanmoins à s’interroger sur les défis auxquels la CAF reste confrontée et sur la nécessité de poursuivre les efforts de transparence, de gouvernance et de professionnalisation.
À travers ce dossier, Carréfoot ne prétend donc pas apporter toutes les réponses. Nous souhaitons surtout poser les bonnes questions et espérer que certaines de ces observations puissent être entendues comme une contribution constructive au débat sur l’avenir du football africain.
Reste à savoir si les réformes engagées sous Patrice Motsepe auront constitué les fondations d’un football africain plus fort, plus transparent et plus crédible, ou si certaines décisions auront fragilisé des piliers historiques de l’institution. L’avenir de la CAF permettra d’en juger.




















